25.11.2008
Les portraits de Van Dyck
Comme ceux qui me lisent de temps en temps le savent déjà, et comme ceux qui ne m'ont jamais lue vont l'apprendre pas plus tard que maintenant, j'aime les portraits. Je suis fascinée par ces visages qui ont traversé les siècles : je l'ai déjà dit, mais quand on fait de l'Histoire, quand notre "matière scientifique" est constituée de morts, quand on passe des journées à éplucher des manuscrits rédigés d'une plume baveuse quelques cinq cent ans plus tôt, on oublie parfois qu'on a affaire à de vraies gens plutôt qu'à des statistiques abstraits. Les portraits nous permettent donc de donner de la chair à un squelette de chiffres.
Et s'il est un portraitiste que j'aime particulièrement, c'est Antoon Van Dyck.
Ca tombe bien : le Musée Jacquemart-André (qui possède trois des 12 oeuvres du peintre conservées en France) lui consacre une très belle exposition. Huit salles tendues de velours où nobles et bourgeois arborent une posture où la rigidité de la gentry anglaise est adoucie par une sprezzatura toute italienne. Van Dyck, imprégné du travail des maîtres du Seicento, le Titien en tête, modernise l'art traditionnel du portrait, en y insufflant une humanité nouvelle (notamment dans les portraits de couples, où la tendresse affleure à travers des gestes et des regards).
Ce qui m'a toujours fascinée dans ses portraits, comme dans ceux d'Holbein, c'est la modernité des visages.
Regardez-les bien.
Ôtez les moustaches qui frisent, les barbiches pointues, les fraises arrogantes, les perles dans les cheveux, et il vous reste les traits de personnes qui ont vécu il y a 4 siècles et qui sont pourtant très actuels. Pas de bouche pincée en cul de poule, d'yeux à fleur de tête, de lignes accentuées et d'absence d'ombres qui font du modèle une sorte de personnage imaginaire et lisses. Mais plutôt des regards vivants, des nez vigoureux, des lèvres qui s'apprêtent à parler.
Et une troisième dimension qui affleurerait presque.
Des vraies gens.




15:45 Publié dans Lire, voir, écouter | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : portrait, van dyck, expo


Commentaires
Comme l'exposition est jusqu'au 25 janvier, j'ai le temps d'y aller. Je garde le lien pour y penser.
Je ne connaissais pas ce musée, alors merci.
Ecrit par : catherine Goux | 25.11.2008
Allez y faire un tour, c'est un ancien hôtel particulier où vivait un couple d'amateurs d'art. A sa mort, la veuve l'a légué à l'Institut en demandant qu'aucun objet ou meuble ne soit déplacé (raison pour laquelle, nous a dit un monsieur du lieu, des chefs-d'oeuvres dorment dans les réserves mais ils ne peuvent pas être exposés). C'est une balade parisienne à faire, je suis sûre que vous auriez matière à faire des photos.
Ecrit par : Elseneur | 25.11.2008
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