24.11.2009
L'Histoire en option
Un lycéen sur deux en France fait une Terminale S.
Bientôt, un lycéen sur deux en France ne fera plus d'Histoire-Géographie (sauf option).
Ainsi en a décidé le Ministre de l'Education Nationale (diplômé en marketing).
Tout ce qui s'est passé en France et dans le monde après 1945 (soit le programme de Terminale) passera donc à la trappe pour un lycéen sur deux.
Le Président de la République réécrit l'Histoire, et bientôt plus personne n'aura assez de compétences en la matière pour savoir qu'il raconte n'importe quoi.
A lire ici : http://www.rue89.com/2009/11/23/lhistoire-geo-victime-de-...
02:43 Publié dans L'Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pas contente
19.10.2008
Shakespeare's Wife
Aéroport de Dublin : je prends l’avion dans deux heures et je n’ai rien à lire. Parmi les piles de livres aux couvertures colorées qui s’étalent devant moi, je choisis le dernier ouvrage de Germaine Greer consacré à Anne Hathaway, la méconnue épouse de Shakespeare.
[Bon, il se trouve qu’en réalité, épuisée, j’ai dormi pendant tout le vol, mais ça ne m’a pas empêchée de revenir à cette lecture plus tard]
L’intention de départ est plutôt bonne : mettre en lumière l’épouse du poète dont on sait si peu de choses, et, à travers elle, dresser un tableau de la vie des femmes à l’époque élisabéthaine.
Mais c’est justement là où le bât blesse : Germaine Greer mélange allègrement les genres de la biographie et de la micro-histoire (voire du roman historique) de manière assez contradictoire. Tantôt elle cherche à présenter Anne Hathaway dans toute son individualité, tantôt elle en fait plutôt la représentante de toutes les femmes de la fin du XVIe siècle, décrivant dans de longues digressions les activités quotidiennes de ces dernières, sans que rien ne puisse attester qu’elles furent aussi celles d’Anne.
Le problème, c’est que l’auteur n’a pas déniché de nouvelles sources concernant Mme Shakespeare. Reprenant celles qui sont déjà connues, elle essaie donc de les interpréter avec un regard nouveau, et ce regard-là est un peu trop outrageusement féministe. Selon elle, tous ceux qui se sont intéressés de près ou de loin à Anne Hathaway sont des auteurs masculins, misogynes de surcroît. Raison pour laquelle ils auraient sciemment minimisé son rôle.
Voulant à tout prix s’opposer à eux, Germaine Greer en perd quelque peu son impartialité scientifique pour faire d’Anne le parangon des vertus domestiques. Epouse dévouée et aimante, elle aurait été aimée en retour de son époux, lequel lui aurait fait partager l’avancée de l’écriture de ses œuvres, au cours de scènes touchantes à la lumière de la chandelle, que ne renierait pas le scénariste d’un téléfilm de M6. Elle serait d’ailleurs, selon Greer, l’éditrice du premier recueil publié après la mort de son mari, ce qui lui donne au surplus l’image d’une lettrée qui n’en serait pas moins une habile femme d’affaires. Chose étrange, Anne apparaît en parallèle comme une mère courage, élevant ses trois enfants à la sueur de son front, son mari, travaillant à Londres, ne lui envoyant pas un penny pour subvenir à leurs besoins (voilà tout de même une contradiction avec la précédente thèse des époux amoureux)….
Il est vrai que le mariage de Shakespeare n’a jamais donné l’image d’un couple exemplaire ; mais le mariage dans l’Angleterre de l'époque moderne, comme ailleurs, est avant tout un partenariat destiné à assurer le confort et la sécurité des époux. Le poète épouse cette fille de fermiers en 1582, alors qu’il est âgé de 18 ans, sa fiancée en ayant 9 de plus, et se trouvant enceinte de trois mois. Beaucoup d’auteurs et de critiques ont vu dans cette différence d’âge et cette grossesse la preuve que le mariage fut plus subi que librement consenti. D’autant que dans la première version de son testament, qu’il fait rédiger un mois avant sa mort, Shakespeare ne lègue rien à son épouse, qui est sobrement appelée, dans la seconde version, « ma femme ».
Je ne conclurai pas en disant qu’il faut se priver de la lecture de ce livre, car il a le mérite de donner de l’épaisseur à Anne Hathaway, tout en donnant un bon aperçu de la vie des femmes des périodes élisabéthaine et jacobéenne.
Mais il faut garder une certaine distance.
Tout historien sait que la plus grave erreur qu’il puisse commettre est d’analyser le passé avec sa culture, ses idées, son éducation des XXe et XXIe siècles. Il faut savoir s'en débarrasser le mieux possible pour voir les choses avec le regard des personnes que l'on étudie. Faire d’Anne Hathaway une féministe 500 ans avant l’heure, c’est évidemment un bel anachronisme.
Et, hélas, beaucoup de biographies de femmes historiques tombent dans cet écueil. Comme si le meilleur moyen de rendre justice à l’une d’elles était de la présenter tenant tête aux hommes, vivant et pensant comme eux. Bref, d’en faire une héroïne de notre siècle au lieu de la replacer dans le contexte du sien. Qu'on ne s'y trompe pas, j'ai moi-même la tripe quelque peu féministe, mais il me semble qu'il ne faut pas tout mélanger, surtout pas quand on produit un travail scientifique.
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Germaine GREER, Shakespeare’s Wife, Bloomsbury.
19:30 Publié dans L'Histoire, Lire, voir, écouter | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : shakespeare, littérature
12.10.2008
Rendons à César...
Bon, mettons une bonne fois pour toutes les choses au point, chers parisiens, et chers lecteurs venus d'autres horizons.
Il faut quand même que quelqu'un (moi, en l'occurence) rappelle que si Henri IV trône fièrement sur le Pont-Neuf, c'est parce que c'est lui qui en a achevé la construction, nommant la nouvelle rue percée dans son prolongement en 1607 en l'honneur de son Dauphin, le futur Louis XIII.

Mais il serait quand même bon de se souvenir que c'est bel et bien Henri III (l'idée ayant déjà été soulevée sous le règne de son père Henri II) qui en pose lui-même la première pierre en 1578, afin de désengorger le traffic de la capitale.

Guerres de religion, déroute financière, et enfin le couteau de Jacques Clément en 1589, l'empêchèrent de mener à bien l'édification de ce pont (le plus ancien du Paris actuel, mais vous le saviez déjà), le premier à ne pas être couvert, et le premier aussi à être bordé de trottoirs
Alors quand vous le traverserez, ayez comme moi une pensée pour ce souverain intelligent, cultivé, raffiné et réformateur, dont les libelles de la Ligue ont à dessein noirci l'image, avant que Dumas vienne l'achever une bonne fois pour toutes.
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[Je constate d'ailleurs souvent avec effarement que les étudiants en Histoire continuent de tenir pour avérées les légendes nées de l'imagination fertile de Dumas - excellent écrivain au demeurant mais, comme il le dit lui-même, "violeur de l'Histoire".
Combien de grands yeux étonnés se sont ouverts, à grands renforts de haussements de sourcils, lorsque je disais que non, Richelieu n'était pas un méchant assassin, ni Louis XIII un roi sans sens politique. Certains se sont même insurgés à grands coups de "mais enfin, Madame (oui, ils me madament), tout le monde sait ça !".
Je ne vous parle même pas, évidemment, de ceux qui vous citent Juliette Benzoni et Jeanne Bourin dans des copies de Capes : oui, ce sont les futurs enseignants de vos enfants...!
Je referme la parenthèse, car ceci est un autre débat qui, comme on le sait, me chatouille beaucoup...]
12:49 Publié dans L'Histoire, La ville | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : paris, photo, histoire

