26.12.2009

"I'm half sick of shadows"

Quelle merveille que cette exposition consacrée à John William Waterhouse qui, après Londres et Groninger, se tient actuellement à Montréal. C'est la première exposition consacrée à l'ensemble de l'oeuvre du peintre, et qui regroupe près de 80 tableaux, dont une majorité conservée dans des collections privées, donc ordinairement hors de la portée du spectateur.

(ne manquait que l'Ophélie que j'aime tant !)

Impossible d'évoquer Waterhouse sans s'arrêter sur ses représentations du poème de Tennyson, The Lady of Shalott, qui cristallisent toutes les thématiques chères au peintre. L'exposition réunit pour la première fois tous les tableaux qui abordent ce thème, directement ou plus indirectement (dans Destinée, par exemple).

Le poème, publié une première fois en 1832, est édité à nouveau dix ans plus tard. Il s'inspire du cycle arthurien et décrit la tragique destinée de la dame de Shalott, condamnée par une mystérieuse malédiction à vivre enfermée dans son château sans avoir le droit de regarder le monde de manière directe. C'est au travers d'un miroir qu'elle peut contempler le reflet du monde auquel elle ne peut se joindre, et notamment le château de Camelot dont les tours sont visibles de sa fenêtre. Ses journées se passent donc à broder les visions qu'elle a du dehors, pour recréer avec ses fils colorés un reflet du reflet, en une mise en abîme sans fin.

Apercevant un jour un couple de jeunes mariés dans la rue, elle se prend à les envier et à désirer la liberté, se déclarant "fatiguée des ombres". C'est finalement en entendant le chant du chevalier Lancelot, qui passe sous sa fenêtre, qu'elle prend la décision de tourner le dos à son miroir et de rejoindre le monde extérieur, se condamnant ainsi à mort.

Waterhouse a consacré plusieurs tableaux à ce récit, riches d'un symbolisme qui met en scène ses thèmes de prédilection. Le miroir, le reflet, sont des éléments qui se retrouvent dans presque toute son oeuvre, comme la représentation du cercle, omniprésente. Chez Waterhouse, les miroirs sont ronds, les ouvrages des dames aussi, et les cérémonies païennes se déroulent au centre d'un cercle de feu (Le cercle magique). Forme parfaite, mais aussi image d'un enfermement sans fin.

Car le thème de la dame de Shalott fait écho aux préoccupations des contemporains du peintre, en un siècle où les femmes s'affirment de plus en plus. Tournant le dos à la place (la dame enfermée étant une métaphore de la retenue et de la chasteté qui siéent à toute femme respectable) et aux occupations (la broderie, saine occupation victorienne) que les hommes leur ont assigné, elles revendiquent de nouveaux droits, dont celui d'exprimer et de suivre leur(s) désir(s). Une quête de liberté qui, toutefois, se solde par la mort de la dame, dont la barque part à la dérive, emportant son dernier chant, ainsi que Waterhouse la représente en 1888 :

the lady of shalott 1888.jpg

Les tableaux suivants se concentrent sur le basculement, le moment fatidique où la dame décide de renoncer à sa vie de chimères, aux ombres. Le tableau de 1894 est à mon sens le plus dynamique, le plus expressif, le plus fascinant. Il donne à voir la dame au moment même où elle tourne le dos à sa broderie et à son autel domestique, deux symboles de la sphère (encore le cercle) féminine dans laquelle toute femme qui se veut convenable se trouve enfermée. Cette lady of Shalott est une femme qui assume son désir, s'éveille à la sensualité, un thème cher à Waterhouse qui en poursuit l'exploration dans l'étude des sirènes et des magiciennes. Tandis qu'elle quitte son siège pour rejoindre Lancelot - que l'on aperçoit dans le miroir - les fils d'or s'enroulent autour de sa robe, en une métaphore de la chrysalide.

Lady of Shalott 1894.jpg

Waterhouse peint ensuite, vers 1915, une version qui viendrait se placer juste avant le tableau précédent dans la chronologie du poème. Il s'agit de "I am half sick of shadows" said the Lady of Shalott, représentant ce premier moment de doute qui étreint la dame en voyant passer un jeune couple. Le motif du cercle est à nouveau très présent, dans le miroir et la broderie (toujours 3 cercles). Chez Waterhouse comme chez tous les Préraphaélites, chaque élément du tableau possède une signification. Au-delà du premier niveau de lecture, celui de l'histoire immédiatement accessible au spectateur, les détails déroulent d'autres niveaux de signification, enrichissent le tableau d'une trame narrative plus complexe.

lady of shalott half sick of shadows - Copie.jpg
L'exposition, par sa scénographie intelligente et didactique, rend justice à ce peintre trop méconnu en mettant en lumière la richesse et la finesse de son travail.
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Pour voir les oeuvres de Waterhouse en couleur, trois sites :

22.12.2009

My tired feet

IMG_7328.JPG

Alela Diane My tired feet

01.11.2009

Et dire que je suis en train de rater ça...!

 

mouchabeurre.jpg

 

http://elseneur.blogspirit.com/archive/2008/06/20/heim.ht...

 

23.10.2009

Inger - une pensée pour ma soeur

inger.jpg

A voir en couleurs ICI (un site à recommander absolument à ceux qui ne le connaissent pas encore !)

Et à voir en vrai à Oslo, pour un plaisir encore plus grand (malgré les protections vitrées qui se rejoignent pile au milieu des tableaux)

 

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Edvard Munch, Inger, la soeur de l'artiste, 1892

Oslo, Nasjonalgalleriet

30.09.2009

Bientôt

Bientôt.

Bientôt, à Montréal, l'extraordinaire richesse de la tradition littéraire et de la peinture anglaises, mêlées dans l'art des Pré-Raphaélites.

Le renouveau de l'affirmation d'une identité toute insulaire.

La profusion du symbolisme.

Bientôt, bientôt.

waterhouse ophelia.jpg

[John William Waterhouse, Ophelia, 1910]

 

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J.W. Waterhouse. Le Jardin des sortilèges. Musée des Beaux-Arts de Montréal du 2 octobre 2009 au 7 février 2010.

18.09.2009

Rentrer chez soi

Plaisir de rentrer chez soi en fin d'après-midi à Montréal.

Plaisir de prendre les chemins de traverse, les petites ruelles annexes plantées de cosmos et de marguerites, chasse gardée des vélos, des chats alanguis et des enfants qui jouent au hockey.

Plaisir de remonter la rue bordée de petites maisons multicolores, dont les escaliers s'épanouissent en volutes métalliques.

Plaisir de voir les lueurs chaudes du soleil de fin de journée danser dans les feuilles des arbres, dont les branches bienveillantes d'étendent par-delà les trottoirs.

Plaisir de profiter de la douceur de vivre de la ville.

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13.09.2009

En boucle

Impossible d'arrêter de l'écouter, simplement impossible.

Alela+Diane+gospel.jpg

 

 

 

 

The Pirate's Gospel

The Rifle

 

 

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Sa voix hypnotique m'accompagne partout, dans le métro, dans les rues encombrées d'enfants, dans les parcs parsemés d'écureuils, dans les rayons des bibliothèques, dans le soleil couchant, dans les moments de blues.

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04.09.2009

Un plaisir tout simple

 

lippi visage d'une jeune fille au couronnement.png

Filippo Lippi, Le couronnement de la Vierge (détail)

1441-1447

Florence, Galleria degli Uffici

26.08.2009

Où les Français seraient bien avisés de prendre exemple sur les Québécois

Au Québec, la culture, ça se partage, ça se prête, ça appartient à tout le monde.

Au Québec, les bibliothèques, de la petite bibliothèque de quartier à la Bibliothèque Nationale, sont gratuites et ouvertes à tous.

Même chose pour les Centres d'Archives.

Même chose pour certains musées, comme le Musée des Beaux-Arts de Montréal.

Au Québec, pas besoin de passer l'épreuve du feu devant un documentaliste suspicieux pour avoir le droit de s'inscrire à la Bibliothèque Nationale ; pas besoin d'aligner les recommandations et les diplômes pour avoir le droit d'acquérir à prix d'or une carte d'accès valable plus d'une semaine.

Au Québec, on peut travailler aux Archives jusque tard le soir. Pas besoin de se débrouiller pour se caler une après-midi de travail dans un emploi du temps surchargé, pas besoin de remballer prestement ses affaires dès 16h45 alors qu'on vient à peine de dégoter le manuscrit  tant recherché.

rembrandt.jpgAu Québec, on peut gratuitement aller plonger son regard dans celui de la jeune femme aux yeux noirs peinte par Rembrandt en 1665* aussi souvent qu'on veut, aussi longtemps qu'on veut.

Au Québec, la MJC du quartier propose gratuitement des concerts, des pièces de théâtre, des expos photos, des contes tout au long de l'année.

Cet accès simple et facile aux livres, aux manuscrits, aux tableaux, à la musique... est une bouffée d'air frais et un vrai plaisir.

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*Rembrandt, Portrait d'une jeune femme, v. 1665, MBAM

25.08.2009

Nature morte aux pieds nus

Pour une fois, une rare fois, j'ai fêté mon anniversaire loin des écrans d'ordinateurs, des montagnes de papiers annotés et de la moiteur de la ville.

Pour une fois, j'étais loin, au bord du Saint-Laurent, sur une plage de cailloux, avec le bruit du vent dans les feuilles comme cadeau inestimable.

 

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