28.11.2008

La (foutue) vie moderne

Je peux bien vous l'avouer : récemment, j'ai pleuré comme une grosse bêtasse au cinéma. Et devant quoi ? Devant La vie moderne, le dernier volet de la trilogie de Depardon, consacrée aux paysans français. En une seconde, je suis propulsée dans mes souvenirs d'enfance. Je sais l'odeur des prés qui s'étendent sur l'écran dans la lumière du soir. Je sais le parfum de petit matin. Je sais le bruit des cailloux sur les chemins. Je sais les non-dits derrière les visages peu causants.

Et tout à coup, ça me fout le cafard. Peut-être est-il accentué par les commentaires déplacés de la vieille dame en fourrure  assise à côté de moi, qui, entre deux papotages condescendants avec sa voisine, répond gaiement au téléphone en plein milieu du film ? Subitement, je ne me sens pas à ma place dans ce foutu 16e arrondissement. J'ai des bouffées de nostalgie, pour un monde qui disparaît lentement et dans l'indifférence générale. Ces hommes et ces femmes sont les derniers à exercer un métier pourtant millénaire.

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Et je m'interroge.

Est-ce que mes enfants connaîtront cette vie faite de petits riens qui a bercé mes jeunes années ? Les gaufrettes dans la boîte à gâteaux en fer blanc, le goût unique du lard sur du pain moutardé, le lapin désossé sur la table du petit déjeuner, la gelée de mûres maison, les boursouflures d'orties sur les mollets, les noisettes cassées au marteau, le beurre fraîchement battu, les soirées à jouer aux cartes en misant des boutons, l'odeur de l'Eau de Cologne, le vinaigre sur les piqûres de moustique, les chaussettes en laine dans les sabots, la vie rythmée par les cloches, l'écossage des petits pois, les boutons d'or le long des ruisseaux, le bruit grinçant des volets en bois, la lecture des Comtesse de Ségur dans les champs pleins de sauterelles...? Qu'est-ce que les générations suivantes sauront de tout ça ?

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